The viral effect of KONY 2012

Article published on InQuire live

Last week many of you probably woke up to a Facebook newsfeed invaded by a video, and you probably even “liked” it or shared it on your walls. The campaign “Stop Kony” has exploded on social media with the video post of “Kony 2012” on YouTube, created by the American charity “Invisible children” and viewed over 55 million times.

Joseph Kony is a Ugandan guerrilla leader at the head of the LRA (Lord’s Resistance Army). His group has abducted about 66,000 children, made them into his soldiers and committed terrible atrocities such as rape, murder, mutilation and sex slavery. The movement began in Northern Uganda in 1986 and the LRA is now known to have influence in Congo and South Sudan. Accused of war crimes by the International Criminal Court, he has managed to avoid capture for years.

The campaign, with a taste of Hollywood, explains how you and I can act and pressure the American government as well as the international community to stop Kony and save the children. You can even go on the Invisible Children’s website and pledge that you believe “JOSEPH KONY IS ONE OF THE WORLD’S WORST WAR CRIMINALS AND [YOU] SUPPORT THE INTERNATIONAL EFFORT TO ARREST HIM, DISARM THE LRA AND BRING THE CHILD SOLDIERS HOME.” By buying a kit or donating a few dollars a month you can contribute to arresting this criminal. Symbol of a great solidarity and of the strength of social media, this campaign has everything to be a success.

Criticisms have however emerged. To begin with, we could ask why this is reaching us only now if the US army has been involved since October 2011 and if this rebel movement has been going on for decades? This is the first time Kony has received so much attention from the media and this might only be the start. Is there anything to be questioned behind this sudden burst of interest?

Also, questions have been asked about the charity’s funding and the fact it targets Hollywood and American officials as main actors for this campaign. In fact, it is thought that the change must come from African leaders themselves working towards their poor standards of human rights. A blog, “Visible Children” has been very popular during the last week too. It is written by a student and goes through a lot of criticisms from academics and others.

If the awareness created with the film Kony 2012 is undoubtedly a good thing, it is also obvious that there is an underlying problem to this issue. The problem of trying to make people donate, get involved and, therefore, feel concerned is that it tends to usually simplify the issue at stake. Africa is a continent of immense political challenges and violence at the moment and if fighting Joseph Kony will stop one war criminal, it won’t stop others.

The interrogation does not just lie in this video or the organization behind it, but the question is why, in our time of great access to information, did most of us not know about this until last week and however ended up “liking” it and feeling somewhat concerned with this issue.

Au pays du sang et du miel : Angelina Jolie à la barre

Article publié sur Cafebabel.com le 24/02/12

Ni une nouvelle Lara Croft ni un remake de Mr &Mrs Smith. Mercredi dernier, c’est un film sur une guerre oubliée que présentait Angelina Jolie en tant que réalisatrice. Alors qu’est-ce que nous a fait Angie ? Un drame romantique Bosnien à la sauce hollywoodienne ou le véritable révélateur d’une situation passée (trop) inaperçue ?

« J’avais envie de pleurer en voyant la réaction du public. » Angelina Jolie, tout émue, lors d’une interview de la BBC, le soir de la première d’Au pays du sang et du miel. Une entrevue au cours de laquelle elle déclare que le projet cinématographique est simplement né d’un besoin de savoir, de s’instruire dont elle n’avait pas forcément envie de parler. Ambassadrice des Nations Unies et titulaire d’un rôle influent pour les droits des femmes et des enfants, elle ne savait en effet pas à quoi s’attendre quand elle a proposé un long-métrage ayant pour sujet une guerre qui n’a pas 20 ans. En plein conflit serbo-bosnien, Jolie raconte l’histoire d’amour entre Ajla (Zana Marjanovic), une bosniaque-musulmane faite prisonnière et Danijel (Goran Kostic), un Serbe bosnien, officier dans l’armée, dans le Sarajevo des années 90. Au cœur d’un camp dans lequel les agressions sexuelles sont systématiques et le manque d’humanité bouleversant, cet amour impossible se fera le symbole d’une opposition violente qui s’est déroulée entre 1992 et 1995.

“Pauvre petite chose”

Loin des magazines people, les débuts d’Angelina Jolie en tant que réalisatrice traduisent à la fois un effort de recherche substantiel et une grande force de conviction dans un film qui a le mérite de s’affranchir de toute vérité moralisatrice. Le souci de mettre en avant des acteurs locaux dont la langue est respectée délivre, par ailleurs, le sujet de tout carcan hollywoodien. « Un combat de cœur » pour Angelina Jolie mais aussi la raison pour laquelle il était important à ses yeux de garder le scénario anonyme dès le début du projet. L’objectif étant de ne pas influencer les comédiens qui ont tous exprimé leur étonnement face à des scènes qui paraissaient si authentiques alors qu’elles étaient écrites par une actrice américaine, bien loin de la Bosnie à l’époque (elle avait 17 ans, ndlr). L’étonnement s’est d’ailleurs propagé parmi toute la population de Budapest où la famille Pitt-Jolie avait élu domicile pendant le tournage.Les questions vis à vis du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde guerre mondiale (environ 100 000 morts selon le Centre de documentation et de recherche de Sarajevo, , ndlr) restent ouvertes .Les blessures sont encore trop fraîches pour parler d’une réconciliation mais malgré les critiques, ce film se présente presque comme un devoir de mémoire selon lequel les Serbes sont les grands méchants loups. Angelina Jolie n’a pas hésité à remuer le couteau dans le passé et s’est directement attirée les foudres de nombreux internautes serbes qui l’ont accusé de partialité dans les termes du conflit. Ces derniers ont carrément crée une page Facebook anti-Angelina Jolie pendant que la star serbe, Emir Kusturica, taxait l’actrice américaine de « pauvre petite chose ». Pas de réponse de la part de l’intéressée si ce n’est un laconique lors de l’émission du Grand Journal de Canal + : « Sebrenica c’est une réalité. Je comprends que c’est un sujet sensible. Mais ce n’est pas un documentaire. » Point barre.

Un ton subtilement manichéen

Il est vrai que le film fait référence aux événements qui ont mené à la guerre comme le référendum de 1992, boycotté par les Serbes qui refusaient de devenir une minorité dans leur propre pays ainsi qu’à l’initiative armée des nationalistes serbes de Bosnie. Sur un ton subtilement manichéen, il est tout aussi vrai que l’histoire simplifie et oublie parfois quelques réalités telles que l’appui de la mouvance islamiste en faveur des musulmans bosniaque ou, plus simplement, les ressemblances entre agresseurs et agressés. Les menaces qu’elle a reçues suite à la sortie du film montrent bien qu’il est difficile d’accepter les faits surtout quand ils sont racontés par une personne extérieure , qui plus est actrice hollywoodienne, et parangon du star-system.

Dans Au pays du sang et du miel, il s’agit tout de même de diffuser au plus grande nombre ce que nous avons essayé d’ignorer des années durant. Le cinéma, surtout quand il s’attache à des sujets sensibles a ceci d’important qu’il contribue souvent à des actes de repentance. C’est dans cette logique que l’acteur principal du film, Goran Kostic, a affirmé : « ce qu’il s’est passé sur le film prouve que la réconciliation est possible »

« Je veux qu’on se souvienne de la Bosnie, je veux qu’on se souvienne de ce qu’il s’est passé, je veux qu’on fasse preuve de respect pour toutes les personnes qui ont survécu et qu’on se souvienne qu’aujourd’hui ce pays a encore un long processus de guérison devant lui » Angelina Jolie

Photos : Une et texte © courtoisie du site allocine.fr ; Vidéo : Filmsactu/YouTube

PAR CHARLOTTE-INDIA MOORE

L’Iran, l’Europe et le nucléaire : comment gérer l’après Fukushima ?

Article publié sur Cafebabel, le 19/01/12

Après avoir secoué l’Europe toute entière, la tragédie de Fukushima a été à l’origine de réévaluations concernant l’avenir nucléaire en Allemagne et en France. Alors que l’Europe se trouve divisée face à l’Iran et son acquisition de l’arme nucléaire, l’assassinat d’un scientifique iranien vient raviver les termes d’un débat déjà très atomique.

ANALYSE

Il y a dix mois, à la suite du drame naturel et nucléaire qui a frappé le Japon, l’ASN avait été chargée d’effectuer un audit de sécurité dans les centrales françaises. 79 centrales et 58 réacteurs en fonctionnement ont été examinés . Le bilan est tombé : aucune fermeture nécessaire mais 10 milliards d’euros supplémentaires d’investissement dans le but de renforcer la sécurité des installations .

Une arme politique

Si le nucléaire est devenu une affaire politique c’est tout simplement parce que la France obtient 75% de son électricité grâce au nucléaire. Ceci ne touche pas uniquement la France mais toute l’Union européenne dont les négociations avec l’Iran sont caractérisées par une grande pression en ce qui concerne l’acquisition de l’arme nucléaire. En effet, l’UE a trouvé un accord de principe mercredi dernier à Bruxelles sur l’imposition d’un embargo pétrolier si Téhéran refusait de coopérer. Il semble que cet embargo pourrait avoir lieu d’ici fin janvier si la situation n’évolue pas, plus précisément après la prochaine réunion des ministres des Affaires Étrangères de l’Union européenne prévue le 30 janvier. Les États-Unis ont accueilli cette nouvelle avec satisfaction et Victoria Nuland, porte-parole du département d’État américain, a aussi évoqué le souhait que ces mesures soient prises en concertation avec l’ensemble communauté internationale dont les alliés Européens. « C’est une très bonne nouvelle, qui résulte de nombreuses consultations entre les États Unis et les pays de l’Union Européenne » a-t-elle déclaré en soulignant la victoire que symbolise cette avancée dans une stratégie « d’étranglement économique de l’Iran ». Cette décision de principe vient donc non seulement scellée un accord européen mais également une véritable alliance avec les États-Unis.

Si l’Europe était divisée face à l’arme nucléaire iranienne ces dernières années, l’entente sur le sujet semble avoir été atteinte. Mais si le Vieux Continent a trouvé un accord, l’affaire nucléaire avec Téhéran reste un combat délicat puisque l’Iran a récemment lancé des menaces concernant la fermeture du détroit d’Ormuz (avant de se fendre d’un démenti), lieu de transit d’environ 40% du trafic pétrolier mondial, mais aussi à l’égard des États-Unis dues à sa présence navale dans le golfe Persique. Il s’agit pour l’Iran de s’affirmer comme un État indépendant et fort à travers cette arme de destruction massive qui reste un sujet d’angoisse et d’incertitude majeurs en Europe et aux États-Unis où l’on ne croit pas à l’absence de projet militaire iranien. D’autant plus qu’un événement récent vient de mettre le feu aux poudres : un éminent scientifique nucléaire iranien qui travaillait dans le principal site d’enrichissement d’uranium du pays a été assassiné mercredi 11 janvier. Et il n’a pas fallu longtemps pour que Safar-Ali Baratloo, le vice-gouverneur de Téhéran, accuse Israël de cet attentat.

Alors, quelle est la réelle importance du nucléaire et où nous mène-t-elle ?

« Pour se protéger d’une épée il faut un bouclier. Or construire un bouclier contre l’arme nucléaire s’est révélé jusqu’ici impossible », Jacques Attali, Économie de l’Apocalypse.

À la suite du choc pétrolier de 1973, les Européens ont développé davantage leur énergie nucléaire, menant ainsi l’Europe à devenir l’une des régions les plus peuplées en matière de centrales nucléaires. Si le traité Euratom est l’un des traités fondateurs de l’Union européenne, son intégration a posé un autre voile sur la façon de voir l’énergie nucléaire, celui de la politique. En effet, l’union avec des pays tels que l’Autriche, opposés au nucléaire, a très certainement fait entrevoir de nouvelles considérations.

La réaction de l’angoisse

Plus récemment, le nucléaire est devenu la source d’une inquiétude parmi les populations européennes, traumatisées par les images de Tchernobyl et, il y a peu, de Fukushima. La stratégie économique (pour l’électricité par exemple) qui semblait justifiée à l’époque, est désormais la source d’un grand sentiment d’insécurité. Le lien entre l’énergie et l’arme de destruction massive s’est fait plus clair. Les décisions politiques de l’année 2011 ont suivi ce sentiment avec l’Allemagne qui a décidé de fermer ses 17 centrales d’ici 2022 ou avec le référendum italien qui a mis fin au projet de relance du nucléaire. Les tests de contrôles étaient la prochaine étape et le résultat, connu cette semaine, quoique annonçant des coûts impressionnants, ne semble pas avoir été reçu avec une telle agitation en France, pays européen possédant, à l’heure actuelle, le plus de réacteurs en activité.

« L’énergie nucléaire est le moyen le plus dangereux de faire bouillir l’eau chaude. » Bernard Laponche, Télérama

Si dans le passé le développement de l’énergie nucléaire a connu des difficultés, elle a atteint, de nos jours, de nouveaux sommets. Il s’agit principalement d’un débat sur la sécurité et la sûreté qui mènera très certainement à des transformations dans nos centrales mais, d’une manière à la fois brutale et pérenne, Fukushima inscrit la question de l’énergie atomique dans un véritable débat de société. Soudainement, le lien entre notre source d’énergie et l’arme menaçante que cherche à acquérir l’Iran semble moins loin l’une de l’autre.

« Grâce à l’armement nucléaire, puisque nous sommes nés par erreur, peut-être mourrons-nous par erreur. » Michel Colucci, dit Coluche.

Photos : Une (cc)alvarotapia/flickr ; Fukushima adobe of chaos/flickr ; robot noir&blanc et enfant-armes x-ray_delta_one/flickr ;

CHARLOTTE-INDIA MOORE